D’accord, les émissions à effet de serre, les conditions d’esclavagisme de travail en Chine, le libre-échange, le néo-libéralisme, le consumérisme, le wesh-weshisme (et globalement tous les mots finissant en -isme), c’est mal  La décroissance, la conscience, les flatulences (et globalement tous les mots finissant en -ence/ance), c’est mieux ! Think global, act local, toussa, toussa ! Reste qu’après avoir payé ses côtis au WWF et avoir signé quelques pétitions Avaaz depuis son iPhone X, il nous reste un peu de fric à dépenser. Mais voilà, en Suisse il y a deux problèmes qui s’imposent : tout est affreusement cher, et pis souvent, il y a pas (et c’est affreusement cher à faire venir, à cause des fameux frais de douane).

Et vous en avez fait l’expérience. La sonnette retentit, vous ouvrez et le facteur est là, avec votre colis. Mais ce dernier murmure d’une voix presque lyrique : « ça fera CHF 43.50.- »

Croyant à une blague de mauvais goût, vous lui jetez un petit sourire de compassion en songeant à son travail difficile, et vous saisissez du paquet. Mais le livreur resserre son étreinte et son ton s’élève en même temps que son accent de Porrentruy : « 43.50 m’sieur, c’est les frais administratifs ».

Alors là vous comprenez que la belle affaire faite sur Ali-Express n’en est plus une. En effet, vous aviez déjà eu vent des fameux « frais administratifs », ce vieux mot-valise qui regroupe en fait les expressions « soulager quelqu’un de son fric » et « fister », le tout sous une appellation un peu plus novlangue.

Les frais administratifs

  • les frais de dédouanement : lorsque le prix de la marchandise excède CHF 65.- pour une marchandise soumise à la TVA classique de 7,7% (ou CHF 200.- pour les produits culturels, comme le livre, qui sont assujettis à une taxe plus basse de 2,5%), il y a des frais de dédouanement.
    « Pour les envois en provenance d’Allemagne, de France, d’Autriche et d’Italie, l’émolument de base s’élève à 11 fr. 50 ; pour les envois en provenance de tous les autres pays, il  est de 16 fr. S’y ajoute un supplément de 3% de la valeur de la marchandise imposable (taxes sur les importations et dédouanement non inclus). » (source : https://www.ch.ch/fr/commander-marchandises-etranger/)
  • les frais d’ouverture de paquet : perçus par les transporteurs ou les douanes. C’est soit-disant fait au hasard ou parce qu’ils manquent des documents de douane, mais dans les faits, ça arrive tout le temps. C’est une excuse peu recevable et qui ne justifie pas vraiment les frais (entre 13.- et 20.- environ) qu’on facture pour éventrer ouvrir un paquet.

Donc grosso-modo, vous pouvez être sûr d’avoir des frais supplémentaires variant entre CHF 30.- et CHF 70.- en fonction du montant de la livraison. Jouer le jeu et payer la TVA, c’est okay. Mais se faire pickpocketer par les services de douane pour recevoir en retour un colis défoncé, on préfère éviter.

Les astuces

  1. Le coup du cadeau : les « cadeaux » jusqu’à une hauteur de CHF 100.- ne sont pas taxés. Demandez donc à votre expéditeur d’apposer une mention « gift » en gros caractères sur le colis, et vous n’aurez aucun « frais administratifs ». Cela dépend bien entendu du bon vouloir de l’expéditeur (ça fonctionne pour les achats auprès de particuliers, sur Ebay par exemple. N’écrivez pas un courrier à Jeff Bezos pour lui demander d’apposer un autocollant « gift » sur votre achat Amazon).
  2. La livraison en France, en Italie ou en Allemagne : si vous êtes près d’une de ces trois frontières, il peut être intéressant de se faire livrer votre colis dans l’un des ces pays, surtout si la marchandise en question vient de l’un d’eux, ou passe par l’un d’eux (en vertu du libre-échange qui prévaut dans l’Union Européenne). Il faut alors obtenir l’adresse de la poste la plus proche de chez vous, et y inscrire la mention « poste restante » avec votre nom et votre prénom. En France, il n’y a en principe pas de frais pour cette prestation (même si des offices de Poste peu scrupuleuses vous demanderont 5 euros qu’ils se mettent sans doutes dans la poche). Il existe même des bureaux de tabacs qui fournissent cette prestation. Il ne vous restera plus qu’à aller chercher votre colis vous-même. Attention néanmoins en traversant la frontière, car vous êtes censés annoncer la marchandise achetée, et si la valeur cumulée est supérieure à CHF 300.-, vous devrez régler la TVA suisse (mais du coup, vous pouvez récupérer la TVA étrangère perçue après coup).
    Le meilleur moyen de s’éviter toutes les emmerdes est encore de prendre le bateau par exemple (si vous avez un AG), vous profiterez ainsi de l’air du lac tout en ayant l’impression d’appartenir à la french connexion.
  3. Quand c’est possible, choisir le transporteur le moins cher : avec la multitude de transports possibles (Fedex, DHL, UPS, La Poste, etc.) et les moult accords qui les lient à la Confédération, il n’est pas facile de s’y retrouver. Le problème c’est que c’est l’expéditeur qui choisit généralement le moyen de livraison. Si cela est possible, il faut s’arranger et choisir un transporteur moins cher. La Fédération Romande des Consommateurs a rédigé un guide pour bien s’y prendre et sélectionner le bon transporteur.