A moins que vous soyez de ceux qui en ont, les vrais, ceux qui vont faire grenadiers de montagne (à prononcer « grenz » avec un vieil accent valaisan), il existe trois options pour se soustraire au service militaire :

  • Être complètement réformé
    • Avantages : plus aucune obligations d’aucune sorte, vous êtes un homme libre
    • Inconvénients : il va falloir raquer avec la taxe d’exemption (3% du revenu ou CHF 400.- minimum par an) jusqu’à 30 ans. De surcroît, il faudra vous montrer convainquant pour être réformé. Le pipi au lit ou les pieds plats, ça ne fonctionne plus. Oubliez également les certificats médicaux de complaisance, il y aura des médecins de l’armée qui vous ausculteront à l’issue du recrutement. Et ils n’hésiteront pas à vous faire un toucher rectal en vous parlant en suisse-allemand s’il le faut. Il sera donc nécessaire de mettre à profit toutes ces années à faire le mariole aux cours d’improvisation et de créer la surprise dans le réfectoire, par exemple en déféquant dans votre plateau repas en criant « HITLER » (voire l’article sur la tolérance zéro de l’extrémisme).
  • Faire la protection civile
    • Avantages : ça n’arrive pas souvent
    • Inconvénients : une journée soustrait seulement 4% de la taxe d’exemption. Et vous devez être sur le pied de guerre n’importe quand (un peu comme les pompiers)
  • Faire le service civil
    • Avantages : si vous managez bien le schmilblik, il y a toutes sortes d’avantages que nous allons détaillez ci-bas
    • Inconvénients : 1,5 la durée de l’armée. Ca fait mal, mais ça peut être bénéfique si vous suivez les conseils suivants

Les cinq choses à savoir sur le service civil

1) Être bien rémunéré

Après avoir effectué les 124 premiers jours de votre service civil, vous êtes éligible à un meilleure salaire. Seulement, rien n’est simple et il vous faudra bien jouer vos cartes. Plusieurs cas de figures possibles :

  1. Vous avez travaillé auparavant : au minimum une année, et votre caisse de compensation vous versera 80% de votre salaire (des légendes affirment que certaines caisses versent le 100%). Si vous n’avez pas travaillé au moins une année auparavant, il sera fait une moyenne en se basant sur vos revenus des trois derniers mois.
  2. Vous n’avez pas travaillé auparavant : c’est le cas le plus fréquent. Vous êtes étudiant, où chômeur, et c’est là qu’il va falloir ruser la moindre pour ne pas continuer à être payé au lance-pierre. Ainsi, pour obtenir un salaire à la hauteur de votre égo, il faudra « rendre vraisemblable que vous auriez travaillé ». En somme, il faut prouver que votre affectation de civiliste vous a empêché de saisir une opportunité de travailler (bin ouais). Concrètement, la voie royale consiste à demander à une connaissance de vous faire une promesse d’embauche, dans laquelle il est précisé :
    1. Le salaire que vous auriez perçu : le montant maximal de l’APG étant de CHF 245.- par jour, vous pouvez tabler sur un salaire maximum de CHF 4’900.- par mois.
    2. La date à laquelle vous auriez commencé : il faut qu’elle corresponde peu ou prou à celle de votre affectation. Pour les étudiants qui terminent une formation, il ne faut pas qu’il y aie un trop grand gap entre la fin des études et le début du travail (deux semaines maximum)
    3. La durée du contrat : il faut faire figurer une durée d’au moins une année minimum

Voilà, ce n’est pas bien compliqué, et il suffit d’attacher la promesse d’embauche à votre premier décompte APG. Cependant, il faut faire attention à deux choses. La première, c’est que votre « promesse d’embauche » doit être plausible. Ne demandez pas à un ami chirurgien-plasticien de vous en faire une si vous êtes plombier (encore que…). Et surtout, il faut garder secret le fait que vous allez poursuivre vos études (si vous les poursuivez). Par exemple, si votre affectation prend place entre votre bachelor et votre master, il ne faut surtout pas que cela se sache, car la caisse de compensation refuserait de vous rembourser, arguant que l’allocation perte pour gain ne doit pas servir à financer vos études.

2) Profitez de soins gratuits

Si vous êtes « malade », sachez que vos soins médicaux sont pris en charge par l’assurance militaire. L’occasion d’effectuer un check-up gratuit « parce que vous vous sentez vraiment faible ».
C’est également l’occasion de prendre quelques jours de repos ça et là, surtout quand on sait qu’un civiliste à droit à huit jours de vacances par tranche de six mois (même les ateliers de manufacture chinois proposent de meilleures conditions à leurs employés). Pour rappel, six jours d’incapacité de travail sont autorisés par tranche de 30 jours, et un certificat médical est exigé après le premier jour d’absence. Il suffit alors de se dégoter un médecin un peu complaisant (ils se font appeler « généralistes » dans le milieu) qui vous fera un petit certificat. Il ne restera plus qu’à envoyer la facture à l’assurance militaire à l’adresse :

Suva Genève Assurance militaire – Service Center – Case postale – 6009 Lucerne en indiquant sur la facture « facture non payée »

3) Astuces diverses pour les cours de formation au Lac Noir

Selon la nature de votre affectation, vous risquez de devoir suivre des formations dans un lieu reculé de toutes civilisations appelé le Lac Noir (Schwartzee en uruk-hai). Si le lac et ses berges sont très séduisants, l’alignement de bâtiments en béton armé où vous allez vivre pendant une semaine ressemble plutôt à un complexe militaro-scientifique appartenant au S.P.E.C.T.R.E.

Des professeurs ratés tenteront de vous y inculquer des lieux communs sur la communication et la manutention des vieux, et vous y mangerez une nourriture bien fade. Et tenez vous bien, il faudra rester dormir là-bas, alors même que vous avez justement choisi le service civil pour éviter ce genre de merdier.

A moins d’avoir une formation équivalente à celle dispensée, il est pratiquement impossible d’être dispensé de ces cours. Néanmoins, il existe quelques techniques pour en atténuer le degrés d’emmerdement.

  1. Tomber malade : vous pouvez raccourcir un peu l’énorme suppositoire que représente une formation au Lac Noir en tombant malade. Un peu, parce qu’à partir de deux jours de maladie, il vous faudra revenir pour suivre la formation en entier. Le mieux est de tomber malade le jeudi, car le vendredi est le jour de cours le plus court (fin à 14h contre 17h pour les autres).
    Il va de soi qu’il vous faut impérativement rentrer chez vous la veille. D’abord parce que le personnel du service civil viendra vérifier que vous ne mitonner pas si vous êtes sur place, et de façon régulière. Et ensuite parce qu’il n’y a rien à foutre au Lac Noir.Selon l’article 32 de la Loi sur le Service Civil, alinéa 3
    « Elle (la personne astreinte au service civil) se procure un certificat médical qu’elle remet à l’établissement d’affectation dans les trois jours. Le choix du médecin est libre. Si l’affectation dure plus d’un jour, la personne en service ne doit présenter un certificat médical que si l’atteinte à sa capacité de travail dure plus d’un jour. »L’administration du Lac-Noir tentera sans doutes de vous la jouer à l’envers en exigeant un certificat médical dès le premier jour de maladie, et ceci en invoquant l’article 27 de la Loi sur le Service Civil, alinéa 3 :

    « Devoirs principaux

    3Elle obtempère:

    a. Aux instructions et aux ordres de l’établissement d’affectation ou de ses délégués;

    b. Aux convocations et aux instructions de l’organe d’exécution ou de ses délégués. »

    Fort heureusement, l’art 76 al. 3 2e phrase OSCi (fondé sur l’art. 32 LSC) prescrit clairement que le certificat médical doit être produit seulement pour une incapacité de deux jours au moins, sauf si l’affectation ne durait qu’un jour.

    L’art. 27 al. 3 LSC ne change rien à ce qui précède. Vu que l’art. 76 OSCi est spécifique et topique, il prend le pas sur la règle générale de l’art. 27 LSC (en latin: lex specials derogat lex generali).

    Si vous n’avez pas fait quarante-cinq ans de droit, cela signifie que vous pouvez envoyer chier poliment l’administration du Lac-Noir.

  2. Pour les affectations longues, éviter le dernier cours de formation : si vous effectuez votre service long (180j), vous devrez vous taper trois cours. Selon l’aide-mémoire du service civil, le dernier doit impérativement avoir lieu avant la fin de la 15ème semaine d’affectation. L’astuce consistera à demander à votre établissement d’affectation de bien vouloir le repousser. Selon toutes vraisemblances, il sera alors calé durant cette fameuse 15ème semaine. Il s’agira alors de « tomber malade » durant toute la durée de la formation, et ainsi le service civil ne pourra vous réaffecter à ce cours.

4) Demandez le remboursement de la taxe d’exemption

Une fois que vous avez complété tout votre service civil, vous devez demander le remboursement de la taxe d’exemption (dans le cas où vous auriez payer qqch). Ceci n’est pas automatique, et après cinq ans, vous ne pouvez plus prétendre au remboursement.

5) Effectuez un service civil à temps partiel

Le service civil c’est comme l’armée, c’est plein de bureaucrates retors et obtus. En théorie, c’est difficile de faire un service civil à temps partiel. Le genre qui vous permettrait de mener vos études à bien tout en accomplissant votre devoir de citoyen. Dans les faits, certains établissements d’affectation ont une clause « horaires variables ». Ce qui signifie que vous pourriez très bien ne pas être présent un ou deux jours de semaine pour aller aux cours, tout en rattrapant ça en heures supplémentaires, ou le week-end. Il suffit juste de s’arranger avec l’établissement d’affectation.